Edito d’octobre 2019

La foi n’est pas une possession, une connaissance intellectuelle, c’est une mission. Le Seigneur nous envoie annoncer la Bonne Nouvelle. C’est en la partageant qu’elle prend corps en nous. Notre découverte de Dieu n’est que la conséquence d’une vérité bien plus grande et plus ancienne : Dieu nous connait, Il l’a dit à Jérémie en faisant de lui un prophète : « Avant même de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ».

Cette connaissance de Dieu fait de nous des témoins, des prophètes. Et nous le savons, Jésus l’a vécu lui-même : un prophète n’est pas bien accueilli dans sa patrie. Face à ces paroles, ceux qui l’entendent relativisent sa parole : « n’est-t-il pas le fils de Joseph ? ». Et la foule est furieuse contre Jésus lorsqu’il annonce que ce message n’est pas réservé à quelques-uns : à ses proches et à sa famille mais qu’il est adressé à toute la terre. Mais Lui, devant l’adversité, passait au milieu d’eux !

Mais le témoignage, qui naît de la foi, n’aura de fruit que s’il est investi et rayonne de la charité. Si nous aimons nos frères, le message que nous leur partagerons passera si nous avons sur eux un regard plein de compassion et d’amour.

Nous connaissons les caricatures des extrêmes d’une foi sans charité et de la charité sans la foi : Lorsque la foi n’est plus habitée par la charité. Lorsqu’elle devient un savoir qui nous isole, et que l’on brandit comme une vérité intemporelle. Lorsqu’elle devient un débat uniquement liturgique ou théologique qui n’intéresse plus personne : alors la foi est vaine, elle ne témoigne plus du Christ comme elle le devrait. Nous entendons beaucoup parler ces temps-ci du mariage pur tous. Mais pour que la parole des chrétiens sur le fondement anthropologique du mariage hétérosexuel soit audible, il faut qu’il s’accompagne d’une réelle parole de bonté et de compassion envers les personnes homosexuelles.

Et lorsque la charité ne témoigne plus de la foi, elle risque de devenir un vague humanisme qui se dilue peu à peu et ne témoigne plus en définitive de la vie de Jésus-Christ. Sans la foi, la charité ne pourra pas aller jusqu’au bout en rejoignant même ceux qui ne nous aiment pas.

Elle deviendra un parti pris, un engagement social ou politique – c’est déjà cela, mais qui ne témoignera pas du Christ comme il se doit. En acceptant d’être évêque d’Oran, à la suite de Pierre Claverie, Mgr Jean-Paul Vesco sait bien que les œuvres accomplies dans son diocèse au niveau de la santé, de l’enseignement, le sont au nom et pour le Christ, et que peut-être un jour il devra verser son sang pour cela.

Il y a un lien entre les deux, un lien vital, essentiel : car pour aimer, et c’est là le plus beau mystère : il faut être aimé. Pour témoigner de l’Amour : il faut accueillir, recevoir, partager Celui qui est l’Amour en tout ce qu’Il est, ce qu’Il fait, ce qu’Il dit : Jésus, le Christ. C’est ce que nous allons vivre dans cette eucharistie : ouvrons nos cœurs, nos oreilles, nos mains et recevons le sacrement de l’Amour que nous sommes appelés à annoncer et partager avec tous nos frères les hommes.

Père Nicolas de Boccard

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